Commandant RoSWeLL

"J'aimerai bizuter les publics, les aguerrir aux processus agissants."

Commandant RoSWeLL, 2011

Considérations méthodologiques

Tout d'abord, le Musée part de l'initiative de l'artiste commandant RoSWeLL. Nous l'en remercions. Pour comprendre comment celui-ci en arrive à penser ce musée, nous devons développer un peu comment il s'est construit. Nous aborderons dès lors sous cette dénomination de considérations méthodologiques, ce qui a poussé un jeune homme des Beaux-Arts à s’enquérir du fonctionnement des rites de type bizutage des étudiants.

Une approche inédite

Tout d’abord par la façon dont s’est produite l’étude, puisqu’elle débute par la curiosité d’un artiste adolescent intrigué par le « mystère quasi-sectaire » entourant les « baptêmes étudiants » de la Belgique des années 1980. 

Á ce niveau, il faut reconnaître que ce garçon n’avait aucune justification à passer cette épreuve, puisqu’il n’avait pas eu la possibilité d’achever son parcours scolaire jusqu’à ce niveau. C’est donc à force de ténacité qu’il s’y introduit pour une expérience empirique. 

Une fois intégré, il a préservé les contacts, et s’est investi au-delà de ce que d’autres auraient fait. Dans les années 1990, le livre d’Emmanuel Davidenkoff et de Pascal Junghans « Du bizutage des grandes écoles et de l’élite », suivi de près par la proposition de loi anti-bizutage menée tambour battant par Ségolène Royal, secoua les étudiants baptisés de Belgique. 

C’est sur ce point de départ que se forme en l’artiste un projet fou, celui de contredire par la démonstration les incohérences de ce que les personnalités du moment tendent à vouer aux gémonies. Et il n’a pas l’once d’une base de connaissance sur laquelle s’appuyer.

 

La fin d’un âge d’or des traditions

Épris de liberté, assoiffés de savoir et de bière, les étudiants vivent encore un âge d’or, mais l’ignoraient. C’était les dernières années avant que la déferlante du jugement moral n’empiète sur les libertés individuelles. L’artiste toutefois le pressent. Á cette période, les baptêmes à l’Université Libre de Bruxelles comportent plus de 130 « bleuettes et bleus » (termes désignant les nouveaux venus qui intègrent les traditions, tandis que le mot « fossile » connote les non ritualisés) pour les plus gros cercles, les chars de la Saint-Verhaegen étaient précédés par la quête, et lorsque qu’ils croisent des lycéennes ou des lycéens qui refusent de donner leur obole, ils s’empressent de les enfariner, ou de les recouvrir d’œufs frais. 

Pratique tout à fait similaire au « Trick or treat » des jeunes enfants anglo-saxons lors de la fête d’Halloween. Dès 1991, les œufs, la farine, sont prohibés du cortège. Puis vient le tour des « chopes en verre », symbole et ustensile indispensable de l’étudiant en cette procession, qui fut remplacé par des gobelets jetables. 

Les « tablards », ces tabliers de laboratoire dessinés et souillés sont peu à peu abandonnés, et la coiffe pend plus à la hanche qu’elle ne se porte sur le crâne. Le futur commandant RoSWeLL en est un témoin privilégié, en ce sens qu’il s’en soucie par le but même de sa recherche. C’est encore un ensemble d’observations dépourvues de toute méthodologie analytique qui crée un creuset formant une idée subjective de l’identité de l’étudiant baptisé, mais encore ignorant que ce portrait ne correspond pas aux étudiants d’ailleurs. 

 

Les prémisses de la recherche

Tout d’abord, sa première action fut de prendre des notes des pratiques existantes afin d’en réaliser une sorte de livre de référence. La chance veut que celui-ci soit publié en 2002 aux éditions Jourdan. Cette première publication lui permet de sortir de sa zone de confort, et d’étendre ses recherches à ce qui existe ailleurs, ou autrement en Belgique comme en France. Il entame le second tome, qui ne sera jamais édité, mais amorce la recherche d’aujourd’hui. 

La découverte des traditions françaises

En 2009, il emménage et se marie à Caen, et le hasard le fait employer par la Corporation des Etudiants de médecine (SPEPSC). Il vit le quotidien d’une corporation étudiante, pratiquant le bizutage atténué par rapport à la grande époque, durant sept années. Il entreprend une année de sociologie en 2016, lui apportant les premières bases scientifiques. Suite à la perte de son emploi, l’année ne fut pas validée, mais il rebondit par une Validation des Acquis d’Expérience lui offrant, via un mémoire de 150 pages traitant d’une approche entre les rites de type bizutage et l’esprit étudiant par l’histoire de l’art et la métaphysique, un DNSEP en art. Dès lors, dépositaire d’un Master 2, il se dirige vers la recherche de plus en plus poussée concernant l’origine des rituels étudiants.